Splendeurs et Misères du Parlement de Paul Rafin et un héroïsme par Jacques Aboucaya

 

Les bruyantes manifestations qui ont agité les bancs de l’Assemblée nationale à l’annonce du 49.3 censé entériner la réforme des retraites étaient prévisibles. Depuis des mois, l’hémicycle est un théâtre de bouffonneries indignes de son histoire. C’est aussi devenu, malheureusement, une chambre dédaignée par l’exécutif.


« Raisonner là où il faut sentir est le propre des âmes sans portée », écrivait Balzac en son temps. Cette sage maxime, les élus du moment et les ministres en poste, à qui l’on reproche trop souvent leur propension à une certaine technocratie, feraient bien de s’en inspirer plus souvent.

Pourtant, Sentir les aspirations profondes d’une nation, n’est pas tant difficile : il suffit d’ouvrir grand la fenêtre de la tour d’ivoire, de pencher la tête, et de lire les slogans des manifestants qui déambulent dans les rues de toutes les villes de France, depuis maintenant des semaines, des mois, voire des années. Nulle « poloche » là-dedans – pour reprendre les mots du Garde des Sceaux. Et pourquoi ne pas commencer par les revendications des Gilets jaunes, dont la liste publiée le 23 novembre 2018 – voici maintenant presque cinq ans ! – était particulièrement riche en enseignements ?

L’opposition de la Nupes dégoûte bien des citoyens

Le Parlement s’en émeut, mais ne fait rien: pire, il s’attire autant que la majorité présidentielle la haine du peuple, par une opposition factice qui n’est que de théâtre – un théâtre plus proche de la farce bouffonne ou du vaudeville de boulevard, que de la comédie classique ! Ainsi des représentants de la France Insoumise, poussés par un sens de l’épique qui leur sied fort mal. Ils se prennent pour des députés de la Montagne, et poussent, tels des animaux de basse-cour, des cris, nous infligent des gesticulations, des hâbleries de Gascons – qui n’aboutissent qu’à des oppositions crétines, des jeans troués, des obstructions inutiles, ou des propositions de lois retirées sitôt que le Rassemblement National, qui, semble-t-il, craint moins qu’eux la démocratie, les vote parce qu’il a l’audace de les trouver bonnes.

Cette opposition se veut-elle populaire, en contradiction avec l’élitisme apparent et déconnecté d’un gouvernement qu’elle honnit ? Mais elle ne sait pas plus sentir le peuple : même, elle le dégoûte par son attitude ; et si la vague de l’antiparlementarisme, sur laquelle surfe l’exécutif avec un plaisir non dissimulé, n’a jamais été si forte, c’est bien parce que l’opposition rend l’Assemblée misérable – à tel point que c’est la rue, qui, de manière de plus en plus systématique, cherche à pallier son incurie.

Le Parlement n’a pas toujours été cette chambre inutile, poids mort du gouvernement, qui lasse tout le monde quand elle tente, aussi vainement que pitoyablement, de s’opposer aux volontés régaliennes avec les maigres moyens qui lui restent. D’abord chambre de justice – nous ne parlons que de celui de Paris –, puis d’enregistrement, il s’avisa, au 17e siècle, que s’il pouvait publier les actes royaux, il pouvait aussi refuser de le faire : le ver était dans le fruit. L’État, par le fait des choses, avait poussé malgré lui à la constitution d’un puissant organe d’opposition : presque aussitôt, le bras de fer, terrible, s’engageait entre le monarque et son Premier ministre – Louis XIII et Richelieu –, tous deux poussant à l’absolutisme, et le Parlement, déjà conscient des dangers du pouvoir absolu (« c’est une expérience éternelle, disait encore Montesquieu, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser »). Cette bataille institutionnelle entre le pouvoir et l’opposition, entre la Couronne et le Parlement, avait du panache : c’est que le second valait bien la première – car il fut grand, en son temps. 

Une assemblée superflue, une chambre d’enregistrement

À ce propos, nous ne saurions que trop conseiller la lecture des Mémoires du Cardinal de Retz, une œuvre injustement déconsidérée, et qui, pourtant, constitue le témoignage admirable d’un moment charnière de l’histoire de France – celui du triomphe de l’absolutisme centralisateur sur l’opposition parlementaire, qui, semble-t-il, reste étonnamment d’actualité : car c’est bien de là que vient le mépris de l’exécutif pour une Assemblée nationale superflue, quand elle n’est pas simplement agaçante.

 

 HYMNE à l'héroïsme d'antan

Il fut un temps où point n’était besoin de mangas pour faire voyager les jeunes lecteurs. Accroître leurs connaissances et stimuler leur imagination. Leur faire aimer leur pays et ses valeurs, sans complexe ni fausse honte…


Il est vrai que, sous la Troisième République, la littérature jouait encore pleinement son rôle. L’école aussi, encore épargnée par la théorie du genre, et dont la mission première était de transmettre un savoir.

Las, cette époque est bien révolue. Comme celle où les mots conservaient tout leur sens. Ainsi le Tour de France. La course cycliste, célèbre dans le monde entier, ne débordait pas, comme aujourd’hui, les frontières de l’Hexagone pour associer d’autres pays – sans doute une manière de faire allégeance à l’Europe dont l’union, tant prônée, est loin de rallier tous les suffrages.

Un manuel scolaire d’envergure

Le Tour de France… Comment n’évoquerait-il pas « Le Tour de la France par deux enfants », le best-seller d’Augustine Tuillerie publié en 1877 ? Ce manuel de lecture à l’usage des écoliers du cours moyen connut, dès sa sortie, une faveur foudroyante et durable. Les écoles, tant laïques que religieuses, se l’arrachent. Succès durable : quelque sept millions d’exemplaires vendus en 1914, en dépit de quelques modifications imposées par la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Autant dire que des générations ont appris à lire dans ses pages dont les deux-cents illustrations préfigurent les bandes dessinées. Ont acquis des notions d’histoire et de géographie et aussi de civisme, de sciences, de morale et d’art. Sans compter la fierté d’être Français. Ce qui, convenons-en, a, par les temps qui courent, de quoi le rendre suspect.

 

Or voici que ce récit du périple de deux orphelins à travers les provinces françaises et leur fructueux particularisme, récit souvent copié, interprété, adapté avec plus ou moins de bonheur, revient au goût du jour. Une nasarde à la vogue de la déstructuration actuelle. La raison ? une passionnante biographie de son auteur (ma plume renâcle à écrire auteure) due à Michèle Dassas, Augustine Tuillerie, sous-titrée L’Histoire extraordinaire de l’institutrice aux millions d’élèves. Une plongée fascinante dans la vie et l’œuvre d’une femme hors du commun. Une existence contrastée, faite d’épisodes tragiques et de moments de bonheur intense, jusqu’à la reconnaissance publique d’un talent qui excède le seul domaine littéraire.

 

 

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