Rites d'Eté par Dominique Labarrière et il n'y a plus de saisons par Didier Desrimais

 

 

Et si nous imposions le visionnage du Tour de France, comme devoir de vacances obligatoire, aux petits sauvageons des quartiers chauds?


Il y a bien sûr l’anisette et la pétanque, le feu d’artifice et le bal des pompiers, le premier baiser et le dernier bain, le coup de soleil et le coup de trop, le barbecue, ses braises, ses saucisses, son rosé bien frais et son bras d’honneur à Rousseau (la harpie, pas le douanier ni Jean-Jacques). Il y a tout cela bien sûr au nombre des rites d’été, ainsi que bien d’autres jolis moments, sans aucun doute. À chacun les siens, je suppose. Mais il y a aussi et, selon moi, surtout, le Tour de France. Magie d’un événement qui chaque jour nous donne à voir combien la France, notre France, est belle. Elle défile devant nous, où qu’on se trouve, le derrière posé sur le pliant sous le auvent de la caravane, au bistrot avec les copains qui savent tout sur tout là-dessus depuis Henri Desgrange, ou benoîtement calé dans le fauteuil de son chez-soi volets tirés pour cause de canicule. La France et sa foule, celle des grandes occasions, massée le long des routes pour le salut aux couleurs de l’éphémère peloton qui passe dans le chuintement des mécaniques parfaites. La France fait son show pour nous, trois semaines durant. Les paumés-tarés qui l’incendient, la saccagent, la conchient devraient se donner la peine de regarder. Peut-être apprendraient-ils à l’aimer. Peut-être aussi découvriraient-t-ils mine de rien d’où elle vient, ce dont elle est faite. La mise en perspective, la mise en patrimoine, allais-je dire, que distille judicieusement un Franck Ferrand, incollable, pourrait éventuellement, de surcroît, leur donner l’envie de mieux la connaître. On peut rêver. Justement, la magie du Tour c’est aussi cela, le rêve. Combien de gamins ne se sont-ils pas rêvés en jaune au sommet du Ventoux, du Puy-de-Dôme, à l’Alpe d’Huez où sur les Champs Élysées ? Désormais – cela devrait combler d’aise la même Rousseau et ses copines très en pointe sur les chantiers de parité – les petites filles aussi peuvent prendre la roue de ce rêve-là puisque ces dames ont également leur boucle. A sa direction, Marion Rousse, ci-devant championne cycliste elle-même et jolie personne dont on se permettra de dire qu’elle appartient au peloton, de plus en plus étoffé d’ailleurs, de ces femmes qui montrent et démontrent à la perfection qu’effort et performances ne sont en rien inconciliables avec la féminité la plus rayonnante. On s’en réjouit. Le mot effort est venu tout naturellement dans ces lignes. Là encore, une certaine jeunesse pourrait puiser une forme d’inspiration. Le Tour de France, c’est cinq ou six stars, une poignée de prétendants aux dents longues, une bonne centaine d’anonymes qui le resteront. Mais – splendide égalité qui devrait plaire aux forcenés de la chose – la même dose d’efforts pour tous. Peut-être encore plus violent, plus terrible, l’effort, pour les derniers, pour la lanterne rouge, que pour les costauds à panache des hautes performances. Autre leçon éventuelle pour cette jeunesse, un sens indéfectible de la solidarité. Jusqu’à l’abnégation pour ces anonymes. Jamais aucun champion, même le plus grand, le plus fort  – les noms viennent d’emblée à l’esprit – n’a gagné seul. La gagne se construit au collectif. Avec à la clef, les gains équitablement partagés entre les coéquipiers. (Là, on dirait du Mélenchon dans le texte). C’est aussi cela, le Tour : Le Tous pour Un et le Un pour Tous des mousquetaires décliné ici à la force du mollet. Aussi, puisque nous sommes quelques-uns, de plus en plus nombreux fort heureusement, à nous alarmer de l’indigence du contenu des programmes scolaires, ayons donc un peu d’audace et imposons le Tour de France comme devoir de vacances obligatoire. Histoire de montrer aux gens, à tous les gens, la France telle qu’elle est. Avec, cette fois, un bras d’honneur, à ceux qui prétendent ne nous la montrer que comme ils voudraient qu’elle soit. Suivez mon regard.

 

Pour évoquer l’été capricieux et l’homme moderne, notre chroniqueur a choisi cette fois de s’inspirer d’un écrivain qui fit de la chronique journalistique un art littéraire à part entière. Saurez-vous le reconnaître ?


Facéties de l’été bourguignon. – Vacances nivernaises. – À propos d’un homme-chien nippon. – Ce qu’en pense mon tonton Raymond. – Portrait rapide de ce dernier. – Remarques sur l’horoscope chinois. – Particularités du signe du Chien. – Échanges culturels entre Nivernais et Berrichons. – Description inflexible du cousin Fabrice. – Ce qu’il advient d’« iel ». – L’été retrouve des couleurs. – Tableau idyllique. – Dernières nouvelles de l’homme moderne. – Curieux phénomènes. – Inquiétude des scientifiques. – Il est des endroits où l’homme ne se ressemble plus. – Des savants en tirent diverses conclusions.

Il n’y a plus de saisons, disent les Anciens du cru depuis toujours. Ils le répètent cette année. L’été bourguignon est facétieux : une pluie éparse douche timidement des vaches qui courent s’abriter sous les quelques rares arbres bordant leurs pâturages. À peine sont-elles arrivées en sueur sous les ramages protecteurs, que le soleil darde de tièdes et réconfortants rayons qui font espérer une douce soirée. Toutefois, par-delà les cimes des arbres, le vent peine à chasser des nuages métalliques.

Vacances nivernaises. Repas de famille. Sous la véranda verdoyante qui ombre la terrasse, mon tonton Raymond est fier de braver les éléments en préparant un barbecue, ce qu’il fait avec la rigueur virile du géomètre : pas un bout de charbon ne dépasse. Une impressionnante pièce de bœuf attend d’être sacrifiée sur l’autel de braises. Des cousins téméraires courent autour du brasero. Il y a des odeurs de chèvrefeuille, de persil, de poivre et de parfums de femmes. La nuit tombe, le bonheur est à portée de main et le ciel a des couleurs de fer et d’or.

 

 

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