Quatre ans après le drame de Notre-Dame, que bâtissons-nous ? par Aurélien Marcq et Brigitte Bardot regardera-t-elle Fr 2 ce soir ? par E. Levy

Nous vivons dans une époque où la terrible émotion suscitée par l’incendie de la cathédrale avait été décrite comme un « truc de blancs » par des syndicalistes étudiants. Un roman, de François Bert, permet de prolonger la réflexion sur cette dignité collective perdue alors que la société s’effondre…


Quatre ans, déjà ! Quatre ans, seulement, et il semble que cela remonte à une autre époque, à un autre monde. C’était la France d’avant : avant les auto-attestations de sortie et les biens non essentiels, avant l’inflation démentielle pour rembourser le « quoi qu’il en coûte », avant que les Ukrainiens soient pris doublement en otage par les manigances américaines et la brutalité russe, avant la réélection d’Emmanuel Macron grâce au soutien « républicain » de ceux qui en appellent à présent à la foule contre l’Etat, et affirmaient à l’époque « faire barrage » à ceux qui, aujourd’hui, sont les seuls à respecter à la fois la légalité des institutions et la légitimité de la volonté du peuple. La France d’avant.

C’est le temps présent qui est «obscur»!

Qui s’en soucie encore ? Nous avons d’autres préoccupations, les retraites, le pouvoir d’achat, l’insécurité galopante, l’invasion de fait de Mayotte par les Comores, la mort programmée du sport féminin assassiné par l’activisme trans, l’influence croissante des Frères Musulmans qui gangrène les institutions européennes, le Fonds Marianne, et j’en passe.

Peut-être devrions-nous nous souvenir que ceux qui ont bâti Notre-Dame de Paris avaient, eux aussi, d’autres soucis. La longue guerre entre Capétiens et Plantagenêts, plusieurs croisades dont celle contre les Albigeois – mais aussi l’instauration de la présomption d’innocence par Saint Louis : « nul ne sera privé de son droit sans faute reconnue et sans procès », l’époque fut loin de l’âge de ténèbres que certains ont voulu peindre par la suite.

Oui, les bâtisseurs de cathédrales avaient bien d’autres soucis. Et pourtant. A part quelques barbares qui voudraient raser Versailles, et ceux que la haine de la France pousse à considérer qu’il s’agit juste « d’un truc de Blancs », nous sommes nombreux à éprouver une immense gratitude envers ces hommes et ces femmes qui jadis, malgré leurs soucis, ont pris la peine de bâtir des merveilles.

Quatre ans plus tard, repenser à l’incendie de Notre-Dame nous oblige à nous interroger. Nous-mêmes, que bâtissons-nous qui mériterait de survivre aux flammes, aux guerres et au passage des siècles, d’être transmis et d’être préservé ? Où est l’accessoire, où est l’essentiel ? Céline Pina a traité cette question dans un livre, Les biens essentiels. La violoniste Zhang Zhang appelle tous ceux qui le peuvent à créer de la beauté. Et François Bert, à sa manière, l’aborde aussi dans un roman, Les feux de Notre-Dame.

Crise de sens

Paru en 2021, il lui a donc fallu deux ans pour mûrir. Deux ans de plus ont permis à notre regard de lecteurs de mûrir à son tour, et il semble que cet (excellent) ouvrage soit plus encore d’actualité aujourd’hui qu’à sa sortie. Ainsi du manque de motivation généralisé au travail, que constatent à peu près toutes les professions, et qu’on attribue sans doute trop vite aux seules conséquences du confinement. « Je me demande parfois, quand je vois la crise de sens que traverse notre institution, quelle est la part que joue la coupure que nous avons avec les sources de notre Histoire. »

Je n’en déflorerai pas l’intrigue. Sachez simplement qu’à travers ses personnages elle parle de nous, « foule qui passait avec indifférence devant le monument et qui sait maintenant combien elle y tient. » C’est comme toujours l’un des mérites de François Bert : on peut le lire pour se divertir, mais on se surprendra inévitablement, au fil des pages, à réfléchir, à penser, à prendre conscience. A redevenir conscients de ces choses précieuses que nous ne prenions plus la peine de regarder.


Il est question du sacré devenu consommable, du refuge dans la jouissance lorsqu’on ne parvient plus à aimer, de la différence entre un don véritable et une obligation que l’on remplit pour se donner à soi-même quelque chose à faire, mais aussi de retrouver la possibilité d’aimer, de pardonner…. et d’une statue. Rien de mièvre, bien au contraire, mais le courage de choisir l’incertitude de l’espérance plutôt que les certitudes de l’abandon. Il y a des portraits d’une intense vérité, et d’une profonde humanité. Là encore, c’est une des grandes qualités de l’auteur : saisir en quelques lignes la vérité d’un être sans jamais en faire une caricature, dépeindre un caractère tout en révélant ce qui fait sa singularité, sa complexité, son irremplaçable et précieuse individualité.

Et il y a un hommage, comme un trait d’union entre les pompiers de Notre-Dame et les forces de l’ordre bien malmenées (et parfois mal employées) ces derniers temps. Il pourrait aussi s’appliquer aux Armées, et à une très grande partie de nos services publics, et même des citoyens dès lors qu’ils se soucient du bien commun et « de la plus grande des noblesses, celle du service » – on se souvient de Cicéron écrivant, bien avant que soit posée la première pierre de Notre-Dame : « il y a plus de grandeur à se montrer utile à tous qu’à disposer d’un immense pouvoir, ou du moins est-on ainsi plus digne de respect et d’amour. »

 

“Bardot”, une série en six épisodes, diffusée à partir de ce soir, met en lumière la révélation de l’icône absolue du cinéma, dans les années 50. La star, depuis longtemps retirée de la vie publique, avait déclaré avant le tournage que «la seule chose qui importe c’est ma vraie vie avec moi dedans. »


Aujourd’hui, une devinette: quel est le point commun entre Bernard Tapie, Florence Arthaud et Brigitte Bardot ? Tous trois sont les vedettes de biopics, c’est-à-dire de séries ou de films sur leur vie. Et leurs familles (s’agissant de Florence Arthaud et Bernard Tapie) ou l’intéressée (s’agissant de Brigitte Bardot) ne sont pas contentes. 

Un biopic à la con?

Concernant Tapie, un fan de l’homme d’affaire mort en 2021 a lancé une pétition contre la série Netflix qui sera diffusée en septembre. Sa colère vient du mot “arnaqueur”, utilisé dans la promo, mais qui ne figurera pas dans la série. Chacun sait que Tapie était un premier prix de vertu, bien sûr. La famille Tapie est d’autant plus furieuse que le réalisateur est Tristan Séguéla, fils de Jacques, le publicitaire ; et les Séguéla et les Tapie sont deux familles très amies. En outre, il s’avère que Bernard Tapie était contre ce projet. C’est pour cela que sa fille Sophie écrit : « l’irrespect n’a pas de limite». Curieuse conception de l’amitié qui interdirait tout jugement personnel ad vitam aeternam à un ami.  

De son côté, la famille de Florence Arthaud (la navigatrice disparue en 2015), a carrément saisi le juge des référés pour faire interdire Flo, film qui porterait atteinte à sa mémoire (nous n’avons bien sûr pas encore vu le film, mais il semble que ce dernier montre qu’elle aimait bien faire la fête). La demande a été rejetée par le tribunal. Tant mieux.

Quant à Brigitte Bardot, elle a l’élégance de l’indifférence. Interrogée dans le JDD bien avant le tournage de la mini-série diffusée sur France 2 à partir de ce soir, elle déclarait : «la seule chose qui importe c’est ma vraie vie avec moi dedans. Et pas des biopics à la con !» Voilà qui est dit. Elle n’est plus l’icône des années 70, mais elle ne cherche pas à nous en déposséder. 

 

Peut-on comprendre que des gens ou des familles soient blessés par tous ces biopics ?

Et même furieux, pourquoi pas. Mais qu’ils saisissent et encombrent les tribunaux, non! Désolée, c’est la rançon de la gloire: chacun a son idée sur votre être et votre vie. On ne peut pas avoir tous les avantages de la célébrité sans les inconvénients. C’est une grande leçon humaine. Même pour les gens qui vous aiment, même pour vos plus proches amis, il y a inévitablement une distorsion entre ce qu’on croit être et ce qu’on donne à voir. Moi, par exemple, je crois que je suis une grande blonde voyez-vous! Plus sérieusement, nul n’est maître de la façon dont s’écrit son histoire. Dieu a laissé parler Moïse, Jésus les évangélistes. Sarah Bernhardt a été immortalisée par Proust dans le personnage de la Berma. L’imagine-t-on faire un procès à Proust ou à Gallimard ? Certes, on manque de Proust, j’en conviens…

Mais, il existe un principe sacré et menacé: l’art est libre. En l’occurrence, les trois biopics – dont la série sur Brigitte Bardot dont je viens de parler – ne sont pas des documentaires mais des œuvres de fiction. Tout créateur a le droit de romancer l’enfance de Staline ou la vie amoureuse de de Gaulle si ça lui chante. Alexandre Dumas disait qu’on a le droit de violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants. Un artiste a le droit de violer la réalité même pour lui faire des enfants difformes.

 

 

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