Mort de rire ! par Didier Desrimais Marie Laforêt, la douceur tragique par Sophie Bachat
Par nature dépressif, l’homme moderne a bien du mal à ne serait-ce que sourire devant le spectacle affligeant du « monde tel qu’il ne va pas » (Chesterton)…
Il lui arrive cependant, certains jours, au début du printemps, entre deux averses, d’échapper comme par miracle à la morosité qui mine ses journées solitaires et, durant ces moments fugaces, de risquer de mourir de rire en prenant connaissance des absurdités qui, la veille encore, l’accablaient – ce qui est a priori plus plaisant que d’agoniser la tête dans le four à gaz. Ces derniers temps ont été riches en pitreries en tous genres. Profitant d’une humeur primesautière passagère, votre serviteur a colligé les plus savoureuses parmi celles qui ont failli le faire passer de vie à trépas dans un dernier éclat de rire.
Mort de rire 1 : en entendant Roselyne Bachelot, toute de rose bonbon vêtue, se moquer du physique du roi Charles III et des « vêtements de carnaval » qu’arboraient ce dernier et ses invités pour son couronnement. Elle a vu, dit-elle en parlant du couple royal, « deux glands » au balcon. De la même manière qu’il existe une « bêtise du second degré » (Rosset), il existe une vulgarité du quatrième pouvoir – Mme Bachelot réussit la prouesse de cumuler les deux. Sur BFMTV, accoudée à son pupitre comme un poivrot à son comptoir, tout le dentier à l’air, attifée faut voir comme, la commère médiatique a lâché son venin contre la monarchie britannique. Cette cancanière, qui aura passé sa vie, empaquetée dans des toilettes aux couleurs aussi criardes que sa voix, à médire sur ses congénères politiques et à ricaner sur les plateaux de télévision, donne des leçons de maintien à la royauté anglaise – je me tiens les côtes !
Mort de rire 2 : en apprenant qu’Adèle Haenel arrête le cinéma pour se lancer dans une carrière révolutionnaire. Ici, la bêtise est au premier degré. C’est de la bêtise bêtasse, de la bêtise brute, sans chichi. Adèle Haenel est l’archétype de l’individu nombriliste, abruti et inapte à toute réflexion personnelle. Après avoir pioché dans les tracts de Révolution Permanente le peu de vocabulaire politique qu’elle connaît, la voici qui se répand dans les AG des universités ou dans quelques obscures officines gauchistes. Le regard halluciné et haineux, cette révolutionnaire de comédie ne comprend pas la moitié de ce qu’elle dit. Elle mâchonne généralement des bribes de phrases incohérentes desquelles émergent les mots patriarcat, capitalisme, écocide, biodiversité, virilisme, etc., c’est-à-dire toute la bouillie wokisto-écolo-gauchiste. Haenel parle comme Despentes écrit, c’est-à-dire mal. En Chine, dans les années 60, elle aurait fait une très vigilante Garde rouge assidue aux tâches de rééducation des « bourgeois » qu’elle déteste de tout son cœur puisqu’elle n’a d’amour que pour « celleux » qui « organisent la résistance » et « essayent d’arracher un avenir à cette planète », gribouille-t-elle dans sa lettre de démission. Le cinéma français perd une actrice qui n’avait aucun talent, il n’y a donc pas grande perte. Et je me réjouis d’avance en pensant aux camarades révolutionnaires qui vont se coltiner cette truffe et qui, au bout d’un moment, inévitablement, vont la trouver saumâtre.
Mort de rire 3 : en constatant que c’est dans Télérama, c’est-à-dire le magazine le plus bobo qui soit et dont le lectorat est un concentré de tout ce que hait Adèle Haenel et, en même temps, de tout ce qu’elle représente – une petite-bourgeoisie éprise d’elle-même, toujours prête à se laver la conscience en public et à donner des leçons de morale, culturellement cultureuse, c’est-à-dire netflixienne et trapenardienne, moutonnière et conformiste – qu’Adèle Haenel s’est épanchée. Histoire de nous achever, Libération prend le relais et « salue l’acte politique » de l’actrice, tandis que Le Monde sonde tous les faux-culs du 7ème art qui, « admiratifs », évoquent son « courage ». Pitié, laissez-nous le temps de respirer !
Mort de rire 4 : en découvrant que “Le prix du passage”, film représentatif du cinéma engagé qu’Adèle Haenel appelle de ses vœux puisqu’il narre les aventures de Natacha et d’un migrant irakien « improvisant une filière artisanale de passages clandestins », complète la longue liste des films à message immigrationniste que personne ne va voir : après trois semaines d’exploitation, le nombre d’entrées culmine à 7300, dont… 31 entrées pour la seule troisième semaine. Ça sent le sapin. Ceci dit, c’est beaucoup mieux que la dernière daube de BHL (“Slava Ukraini”, 1024 entrées en tout) qui elle-même surpassait l’avant-dernière réalisation du même BHL, “Une autre idée du monde”, qui a en effet réussi l’exploit d’attirer 152 spectateurs lors de sa première et… dernière semaine d’exploitation.
Mort de rire 5 : en baguenaudant sur le compte Twitter de Sandrine Rousseau. Un trésor. Une mine. En plus des tweets, la députée EELV inclut des vidéos de ses passages à la radio ou à la télé, morceaux choisis de toutes les âneries qu’elle a pu proférer. Un coup de moins bien ? La sensation de ne pas être intellectuellement au mieux ? Une seule solution, un seul remède, plutôt que de vous désoler sur vous-même, comparez-vous à Sandrine Rousseau en visitant son compte Twitter. Si, pour une raison ou une autre, celui-ci est inaccessible, vous pouvez vous requinquer l’hypophyse en vous rabattant sur ceux de Mathilde Panot ou de Louis Boyard. Je peux vous assurer qu’après avoir vu ça, même le plus neuneu des neuneus se sent pousser des ailes, intellectuellement parlant bien sûr
Mort de rire 6 : en voyant, sur différents plateaux, le visage inspiré et concentré des journalistes gobant la prose insipide du plus lamentable des professeurs d’université gauchistes, j’ai nommé Mathieu Slama, le chienchien à sa mémère mélenchoniste, le mètre-étalon de la bêtise du second degré.
Les chansons de Sophie, série d’été MARIE LAFORET
1973, Carcassonne
Nous sommes en 1973, à Carcassonne. La préfecture de l’Aude, malgré sa situation tout au Sud et sa célèbre cité médiévale, est toujours grise. Comme n’importe quelle ville de province. Je fréquentais une école privée catholique que je détestais. Tout me semblait gris. Sauf mon mange-disques orange. Allongée sur mon lit, j’écoutais en boucle les mêmes chansons. Je le fais toujours à 50 ans passés. Les chansons ont toujours été ma consolation. Je suis un vrai Juke box, Radio Nostalgie à moi toute seule. Quand il fallait partir pour l’école, laisser mon mange-disque et mes 45 tours, déjà éparpillés – et souvent hors de leurs pochettes – était un déchirement.
Surtout, je devais quitter Marie Laforêt. « Viens viens, c’est une prière ». J’ai dû l’écouter cent fois cette année-là. Cette complainte, chantée avec cette voix au vibrato prêt à se briser, m’envoûtait. Je ne comprenais pas tout, mais je savais qu’il s’y passait des choses graves, dans ce texte. Des drames d’adultes auxquels j’étais déjà accoutumée. « Reviens pour ma mère, elle se meurt de toi. » Je n’avais que cinq ans, quand Eros et Thanatos ont fait irruption dans ma vie, à travers cette chanson. Avec douceur cependant. La douceur tragique qui émane de Marie Laforêt.
Je ne l’ai jamais oubliée, Marie Laforêt. Même au plus fort de mon adolescence punkoïde. D’ailleurs, je n’ai jamais oublié les idoles de mon enfance. Mon Panthéon à moi, c’est la variété française.
1990, Paris
Nous sommes à la toute fin des années 90. Je trouve un double CD de Marie Laforêt dans un bac d’une boutique de disques à Odéon. « Et une foule de souvenirs sont revenus à ma mémoire. »
Ce CD, je l’ai écouté en boucle. en dehors des tubes, de la neige sur yesterday, de mon amour mon ami, j’ai découvert des merveilles plus méconnues, des bijoux de chansons, qui finalement ne s’inscrivent dans aucun style. A part celui de Marie, de sa fêlure. « Manchester et Liverpool », le chagrin d’amour dans la grisaille et les briques rouges du Nord de l’Angleterre, sur une mélodie aux accents russes. Encore. Etrange mélange, du sur-mesure pour Marie. « Manchester est sous la pluie et Liverpool ne se retrouve plus, dans la brume d’aujourd’hui l’amour lui aussi s’est perdu. »
Cette chanson est pour moi une des plus belles au monde. Avec Dites Lui, qui dès la première écoute, m’a envoûtée, comme quand j’avais cinq ans et mon mange-disques orange. Une femme attend un homme, un orgue, une contrebasse, la voix de Marie. C’est tout. « Dites-lui qu’il neige et que les enfants courent au manège dans leurs manteaux blancs, dites-lui qu’il neige mais ne dites pas, que j’ai de la peine et que je l’attends. » Silence. Bien sûr, on se doit pour terminer d’évoquer la personnalité de Marie Laforêt, extraordinaire, peut-être un peu trop envahissante, à en occulter son talent. Elle a tourné avec Delon ? Ça l’a emmerdé. A la fin des années 70, la chanson commence à l’emmerder aussi, alors elle part en Suisse et devient commissaire-priseur. Elle râle tout le temps, comme une sorte d’anar de droite, mais à la fêlure béante ; on sent l’enfance qui l’a faite basculer dans une obscurité qu’elle essaiera toujours d’illuminer. Malgré tout, en 2005 elle fait un comeback, elle se produit aux Bouffes du Nord. J’étais au rendez-vous, elle y est évidemment magistrale, la boucle est pour moi bouclée. J’ai toujours cinq ans et mon mange-disques orange.
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