Victor Hugo, l'Insoumis ? par Jacques Aboucaya Et Jean Moulin (1899-1943) une icône de la Résistance par André Larane et Frères d'Ames par Dominique Labarrière

 

Traiter en quelques lignes de Victor Hugo et de son œuvre relève de la gageure. C’est un himalaya aux multiples pentes, particulièrement escarpées, quasiment inaccessibles aux tenants de la cancel culture.


Un monument littéraire du XIXe siècle, riche et foisonnant. Difficile, malgré qu’en aient certains, à évincer de notre patrimoine. C’est qu’il fait partie de notre inconscient collectif et n’a rien perdu de son actualité [1].

Un témoin incontournable

Né à Besançon au tout début du XIXe (« Ce siècle avait deux ans… »), mort en 1885 à Paris, il aura traversé son époque en imprimant sa marque à celle-ci, tant comme témoin que comme acteur de son évolution, aussi bien sur le plan littéraire que politique et social. Témoignent de son aura dans toutes les couches de la population, ses obsèques qui donnèrent lieu à de grandioses célébrations. C’est qu’il a touché à tous les genres, roman, poésie, théâtre, récit, pamphlet, avec la même passion, la même fougue. Et, surtout, une richesse lexicale que l’on peinerait à trouver aujourd’hui dans notre littérature étique ou sur les fameux réseaux sociaux, si prisés de nos jours.


Si l’on soumettait à un lecteur lambda ces deux vers extraits du poème A celle qui est voilée (non, il ne s’agit pas d’un sujet d’actualité, mais du fantôme de la femme aimée) : « Sois l’ange chez le cénobite, / Sois la clarté chez le voyant. », l’interprétation qui en serait donnée ne serait pas dépourvue d’intérêt…

Un écrivain profus

Une maîtrise de notre belle langue et une effervescence propre à en déconcerter certains. Quand on lui demanda quel était, selon lui, le plus grand poète français, André Gide répondit : « Victor Hugo, hélas ! » Une boutade, certes, mais parlante. On peut reprocher à l’auteur des Contemplations ou de La  Légende des siècles  son romantisme flamboyant. Voire, parfois, emphatique. Mais il voisine avec des poèmes plus intimes où s’exprime, par exemple, la douleur d’un père qui vient de perdre sa fille Léopoldine, disparue dans des conditions tragiques. Ou encore avec l’indignation qui accompagne, dans Les Châtiments, la condamnation sans appel de « Napoléon le petit ».

Autre volet, l’inspiration « mystique », ou métaphysique, illustrée par la pratique des tables tournantes, lors du long exil du poète à Guernesey. Une vision panthéiste teintée de christianisme, qui s’exprime dans maints recueils. Elle traverse l’Histoire et la légende, explorant aussi bien  la Bible (« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn ») que les chansons de geste du Moyen-âge (« C’est ainsi  que Roland épousa la belle Aude ».) ou l’épopée napoléonienne  (Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine… »). À la fois respectueux des règles classiques de la prosodie et de la métrique, il adore jouer avec le langage – voire le bousculer. Il s’en glorifie volontiers, du reste : « J’ai mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire ». Un autre amoureux de notre langue, Georges Brassens, ne s’y est pas trompé, qui a mis en musique quelques poèmes de Victor Hugo et leur a redonné vie.

Le meilleur exemple des jongleries du poète romantique demeure ces alexandrins holorimes : « Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime, / Galamment de l’Arène à la Tour Magne, à Nîmes ».  

Au service des déshérités

Toutes les qualités du poète se retrouvent chez le romancier. Si des ouvrages aussi emblématiques que Les Misérables ou Notre-Dame de Paris jouissent encore aujourd’hui d’une renommée intacte, cela n’a rien de surprenant. Ils ont donné lieu à des adaptations cinématographiques ou à des comédies musicales plébiscitées par le public. C’est que Victor Hugo touche sans coup férir la sensibilité de son lecteur. Quasimodo et Esméralda, tout aussi bien que Cosette, Gavroche ou Jean Valjean, sont attendrissants. Ils sont issus du petit peuple et portent en outre un message social, voire politique, témoignant de l’évolution de leur créateur. Celui-ci, d’abord royaliste, fut, au fil des ans, séduit par les idées démocrates. Élu en 1849 à l’Assemblée législative, il se fera l’inclassable défenseur de la liberté en tous domaines, luttant, notamment, contre la loi Falloux qui consacra la mainmise de l’Église sur l’Éducation. C’est tout naturellement qu’en 1851, il prendra parti contre le coup d’État de celui qui deviendra Napoléon III. Un engagement qui transparaît dans son œuvre, quelque forme qu’adopte celle-ci. Les idées qu’il défend en font parfois un précurseur. Ainsi combat-il avec brio la peine de mort dans son roman Le Dernier jour d’un Condamné.

Il va sans dire que son théâtre traduit, lui aussi, cette volonté d’émancipation. La Préface de Cromwell se présente comme un manifeste pour la liberté du théâtre et, au-delà, de l’art en général. Ce drame romantique (au demeurant injouable) veut concrétiser, en même temps que la valeur exemplaire d’une intrigue historique, l’affranchissement de toute contrainte. Banni, le carcan classique des trois unités de temps et de lieu. Une véritable révolution qu’Hernani et sa célèbre bataille porteront à son sommet.

Tel fut Hugo. À la fois militant pugnace, ancré dans le concret (ainsi apparaît-il dans ses Choses vues) et rêveur éthéré, soucieux de soulever des questions essentielles et existentielles.

Un précurseur de nos insoumis ? Pas vraiment. Bien plutôt, différent d’eux sur tous les points importants, à commencer par la passion de l’histoire et l’amour du passé. À quoi il convient d’ajouter l’attachement à tout ce qui constitue notre culture. Et, surtout, le sens de la nuance, l’élégance et la finesse. Toutes qualités qu’on serait bien en peine de déceler chez nos professionnels de l’invective, chaussés de gros sabots, acharnés à saper les fondements de notre civilisation.


[1] Publiés récemment aux éditions Flammarion : Le Dernier jour d’un Condamné, Anthologie poétique, Ecoutez le Rêveur, parus le 26 août. La Légende des siècles, Torquemada, parus le 4 octobre

 FRERES D'AMES

Alain Juppé a osé se demander si l’islam était bien compatible avec notre République. À gauche, certains y voient de l’“islamophobie”, quand le commentateur woke Jean-Michel Apathie qualifie carrément l’ancien Premier ministre d’ « effrayant ». « Est-ce qu’il y a une forme d’islam qui est compatible avec la République ? Je veux encore le croire. Parce que si la réponse est non à cette question, cela veut dire qu’il y a 4 à 5 millions de Français musulmans qui n’ont pas la place chez nous. Et on ne peut pas l’accepter », avait déclaré Alain Juppé, dimanche, sur Radio J.


À la vigne, nous allons entrer ces jours-ci dans la période des vendanges tardives. Il semblerait que, prodige de l’année, on ait désormais à savourer un cru Juppé. L’ancien Premier ministre, reconverti en super sage du Conseil Constitutionnel, vient en effet de confesser au détour d’une interview qu’il lui arrivait à présent de se poser la question de savoir si l’islam était ou non compatible avec la République. Mieux vaut tard que jamais, se félicitera-t-on. Tout de même, on ne peut s’empêcher de penser que chez un personnage de ce calibre, ayant exercé les responsabilités locales, nationales au plus haut niveau et si longtemps, le commencement de la lucidité se sera fait attendre quelque chose comme une éternité. La maturation aura été lente, très lente. Vendanges tardives, vous disais-je. Mais le résultat est là. Celui qu’un autre haut dignitaire du sérail désignait comme «  le meilleur d’entre nous » en arrive, en bout de carrière, après – allez savoir ? – trois ou quatre décennies d’intense réflexion, à se poser enfin une bonne question, à regarder la réalité en face. Réjouissons-nous. Cependant, n’allons pas en déduire pour autant que le Juppé nouveau est arrivé. Bien vite le naturel revient au galop et à peine a-t-on esquissé les contours du problème qu’on s’empresse de se défiler quant à apporter la solution. On se hâte de refiler à d’autres la patate chaude. Selon Monsieur Juppé, l’initiative de la réponse à son questionnement lumineux incomberait aux institutions et aux représentants de ladite religion eux-mêmes. Ce sont eux qui devraient dire s’il y a compatibilité ou pas. On peut rêver. Monsieur Juppé ne s’en prive pas, apparemment. Nous risquons de devoir attendre longtemps, très longtemps qu’une esquisse de réponse nous parvienne. Une ou deux générations, trois peut-être. En espérant que la question soit encore d’actualité et que la République, ses valeurs, ses caciques à cerveau lent et les autres n’aient pas été précipités entre-temps dans les poubelles de l’histoire. Au lieu de cela, on aurait aimé que vienne à l’esprit si fin de Monsieur l’ancien Premier ministre une autre idée mirobolante. Il aurait pu en effet se mettre à penser et à parler en homme d’État, en homme d’État de bonne facture, en affirmant, par exemple, que compte tenu de ce que nous subissons de drames ces derniers temps, il revenait à l’État, et à son chef en premier lieu, non pas d’attendre mais d’exiger – oui exiger – que les instances de la religion concernée s’expriment sur le sujet. Les mettre au pied du mur. Comme l’a si bien fait un certain Napoléon avec les juifs en février 1807. Il convoqua et réunit durant un mois des personnalités juives représentatives désignées par les préfets et les grands rabbins en exigeant d’eux – nous disons bien en exigeant – des réponses, claires et départies de toute ambiguïté à une série de questions, elles aussi claires et sans ambiguïté. Parmi ces questions, celle-ci qui, me semble-t-il, pourrait être proposée aujourd’hui à l’identique, à la virgule près, aux tenants de l’Islam : « Les Juifs nés en France et traités par la loi comme citoyens français regardent-ils la France comme leur patrie ? Ont-ils l’obligation de la défendre ? Sont-ils obligés d’obéir aux lois et de suivre les dispositions du Code Civil ?

A lire aussi, Cyril Bennasar: Les meilleurs ennemis du monde!

La réponse, unanime, précise, nette, et – oserais-je ajouter, magnifique ! – ne s’est pas fait attendre : « La France est notre patrie, les Français sont nos frères. Les Juifs sont prêts à défendre la France jusqu’à la mort. » Par ailleurs, il est précisé que le rôle du rabbin consiste à «  rappeler en toutes circonstances l’obéissance aux lois (françaises) notamment et en particulier celles relatives à la défense de la patrie. »

Il suffit de se reporter aux registres des Juifs morts pour la France lors des deux conflits mondiaux pour constater avec quelle dignité, quelle rigueur la parole donnée a été tenue.

Alors, ces jours-ci, il me semble essentiel, nécessaire, impératif même, de reprendre quelques mots de la réponse apportée et de les retourner. Il y est dit «  Les Français sont nos frères ». À nous, aujourd’hui – aujourd’hui plus que jamais – de clamer : « Les Juifs sont nos frères ». 


Jean Moulin (1899 - 1943)

Une icône de la Résistance

Jean Moulin est l'un des patriotes français qui se sont illustrés dans la lutte contre l'occupant allemand, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Depuis le transfert de ses cendres au Panthéon, le 19 décembre 1964, cette victime de la barbarie nazie, morte sous la torture en gare de Metz le 8 juillet 1943, à 44 ans, est devenue le symbole de la Résistance française.

Un jeune et brillant fonctionnaire

Né à Béziers, Jean Moulin est le fils d'un professeur de lettres franc-maçon et radical-socialiste.

Peu disposé à mener une existence rangée, le jeune homme dévore la vie à pleines dents, par la fréquentation des artistes, la pratique des sports... et le dessin, son violon d'Ingres.

Fin administrateur, il devient en 1925, à Albertville, le plus jeune sous-préfet de France. Dans les années 1930, il effectue des passages dans les cabinets ministériels successifs de Pierre Cot, y compris sous le Front populaire.

À cette occasion, Pierre Cot, ministre de l'Air, le charge d'approvisionner secrètement en armements les républicains espagnols, en guerre contre les nationalistes de Franco. C'est là sa première expérience de la clandestinité.

En janvier 1937, il devient à Rodez (Aveyron) le plus jeune préfet de France. Ses engagements militants lui valent le qualificatif de « préfet rouge ». En juin 1940, au moment de l'invasion allemande, il arrive à Chartres comme préfet d'Eure-et-Loir...

L'apprentissage de la clandestinité

Jean Moulin sur l'esplanade du Peyrou, à Montpellier, en 1939Le 17 juin 1940, à la préfecture de Chartres, des officiers allemands lui demandent de signer un texte condamnant de prétendus méfaits des troupes africaines de la France. Jean Moulin refuse. Il est arrêté et dans la nuit, désespéré, tente de se suicider en se tranchant la gorge.

Sauvé de justesse, il reprend ses fonctions de préfet à Chartres et encaisse sans barguigner les premières lois liberticides de Vichy, notamment le statut des Juifs. Mais il est relevé de ses fonctions le 2 novembre 1940. 

En septembre 1941, après l'invasion de l'URSS par la Wechmacht et la mondialisation du conflit, il se décide à partir pour Londres, via Lisbonne, en usant de son faux passeport au nom de Mercier.

Le général de Gaulle, chef de la France libre, qui peine à se faire reconnaître par les résistants de l'intérieur, encore peu nombreux, peu actifs et divisés, demande à Jean Moulin de se faire son ambassadeur ou son porte-parole auprès d'eux. L'ex-préfet accepte. C'est ainsi qu'il est parachuté sur le sol français, près de Saint-Andiol, le 2 janvier 1942.

Tout en tissant sa toile secrète sous les pseudonymes de Rex ou Max, Jean Moulin va mener au grand jour, dans le sud du pays, la vie paisible d'un marchand d'art et ancien préfet à la retraite !

L'unité à tout prix

Sa principale mission est d'unifier les mouvements de résistance sous l'égide de De Gaulle, qui peine à faire reconnaître sa légitimité à Londres et Washington. Le principal de ces mouvements est celui d'Henri Frenay et Bertie Albrecht, dénommé Combat et solidement établi dans la région lyonnaise, en « zone libre ».

C'est seulement au printemps 1943 que Jean Moulin arrive à recueillir le fruit de ses efforts. Le 8 mai 1943, dans un message sans ambiguïté, il demande « l'installation à Alger d'un gouvernement provisoire, sous la présidence du général de Gaulle ; le général Giraud devant être le chef militaire ». Effectivement, les deux généraux créeront le 3 juin suivant un Comité français de la libération nationale.

Enfin, le 27 mai 1943, il réunit clandestinement les principaux chefs de la Résistance au 48, rue du Four, à Paris, et les convainc de fonder un Conseil national de la Résistance (CNR) inféodé au général de Gaulle.

Il n'a plus que quelques semaines à vivre... Le 21 juin 1943, le tout nouveau Conseil National de la Résistance se réunit à Calluire, une petite ville proche de Lyon. 

La Gestapo investit la villa et les Allemands ne tardent pas à identifier Jean Moulin comme le chef de la Résistance intérieure. Ils le transfèrent à Paris puis à Berlin où il n'arrivera jamais. Le 8 juillet 1943, il meurt des suites des tortures et des mauvais traitements en gare de Metz.

Les cendres présumées de Jean Moulin sont conduites au Panthéon le 19 décembre 1964 par André Malraux, en présence du général de Gaulle, président de la République.

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