La France violentée par Marie-Hélène Verdier et Jeux de Paris, quand on veut, on peux par Gabriel Robin

 

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et l’annonce de l’organisation d’élections législatives, nos politiques se sont empressés, non de chercher des solutions aux problèmes actuels – très graves – des Français, mais de bricoler des alliances de fortune, de s’accuser entre eux de trahison et de faire des déclarations aussi grandiloquentes que vides. Tribune.


Au secours, Jeanne ! Au secours, Geneviève qui veillez sur Paris ! Ils sont devenus fous ! A peine la gifle donnée par le peuple, le président dissout l’Assemblée. Quelle violence ! Une semaine pour faire vos listes, moussaillons ! Panique à bord du navire. Sidération. Des Caciques de droite passent à l’ennemi de droite extrême. On crie à la haute trahison. Au nom de quoi ? De l’union des droites. Etonnant, non ? aurait dit Desproges. Revenons sur la folle journée du 12 juin.

Le mur était blanc, le visage, pâle. Difficile de ne pas voir que le capitaine, dos au mur, nous emmenait droit dedans. Le message était clair: le Titanic sombre et nous mourrons ensemble. Mais pas avant que j’aie fait tout imploser à droite. Le discours funèbre est à la hauteur. L’ennemi a été désigné — Charybde et Scylla, la clé du problème trouvée — les écrans pour les très jeunes. Et les médias de dire : le président a montré le cap.

Après les coups d’éclat des transfuges, les injures ont fusé contre les traîtres munichois. Inspiré, Bellamy a dit : « Les forces du chaos menacent aujourd’hui la France ». Et tous d’invoquer l’ombre du Grand Charles. Alors, comme dans Les Perses d’Eschyle, où la reine Atossa invoque l’ombre de Darius, on a vu les revenants revenir. Wauquiez avec des propos forts : « Quand on sombre, on a au moins le désir de sombrer droit. On peut échouer mais dans la clarté. On le fait avec une colonne vertébrale ». Formidable, non ? Valérie Pécresse dénonce « des putschs à la petite semaine ». Xavier Bertrand, pompon du courage sur le béret, parle de ceux qui n’ont pas le sens de l’honneur ni du courage. De partout, c’est les LR outragés, humiliés, martyrisés. Ailleurs, c’est l’explosion. La gauche hurle à la mort. Et tous, après la déflagration, de reprendre leur marche dans un ordre convulsif.

Sans moi, le chaos, après moi, le déluge…

« Plus près de toi, mon Dieu ! Plus près de toi » chantait-on sur le Titanic avant qu’il sombre. En in et en off, on se lâche dans les médias. On se demande si ce que fait Macron est un coup de Trafalgar, de Jarnac ou un suicide en ligne. On murmure au château et à la Cour, dans les salons et à la ville que moins il parle, mieux c’est. Ou qu’on préférerait qu’il ne parle pas voire qu’il démissionne. « Moi, démissionner ! » a dit l’intéressé. Un capitaine sombre avec le bateau. Il vient de relire Machiavel et Shakespeare. Je veux amener le jeune Canterbury dans la chausse-trappe du pouvoir. Quelle « poloche », dit l’autre ! Et dire que  ce « formidable bordel », pour reprendre Ionesco, c’est la faute au peuple, aux médias, aux écrans !

Et la France dans tout ça ? Monsieur le président, Messieurs les élus, on en a assez ! Assez de vos discours d’estrade, de vos egos froissés, humiliés, martyrisés. De vos ambitions, vos coups tordus, vos cris d’orfraie. Des propos assassins et des baisers de la mort. De vos invocations au Grand Charles. De vos vaticinations performatives : sans moi, le chaos, après moi, le déluge. La France, déchirée de part en part, est à bout. Le niveau scolaire est effondré, la dette abyssale, l’immigration incontrôlable, certains n’ont pas de quoi vivre « dignement », puisque vous aimez tant le mot dignité. Arrêtez votre jeu de massacre ! Arrêtez les petits meurtres entre amis ! C’est pas Versailles, ici ! Ici, la violence quotidienne règne, les Français sont dressés les uns contre les autres, les couteaux sont sortis. Ne le voyez-vous pas ? C’est le désordre partout ! La France n’a plus aucune unité. Il n’y a plus personne pour apprendre à lire aux écoliers. Et, pendant ce temps, on scalpe et pleurniche sur les ondes et dans les médias. On fait des « alliances contre nature ». Les clowns d’hier remontent sur les estrades. Les Français en ont assez ! Jugez plutôt : A Bouc-Bel-Air, charmant petit village provençal, des mariages prévus pour la fin du mois ont été annulés pour cause de réquisition des salles de mairie. Pourquoi, je vous prie ? A cause des élections anticipées ! « Quelle indignité !  

 

 

Paris 2024 : une fête mondiale, portée par un patriotisme bienveillant et une ville sublimée.


Les jeux olympiques de Paris 2024 auront pris à revers de nombreux commentateurs français habituellement grincheux. On nous promettait le chaos, l’apocalypse, des émeutes et du terrorisme, des vols et des viols partout, des rats : nous avons eu le contraire. Une extraordinaire fête populaire et mondiale comme on en voit une fois par siècle en France. Les Français se sont laissés prendre au jeu de ces jeux, trop heureux de pouvoir montrer au monde la beauté de leur pays et leur sens de l’accueil. Certes, il ne s’agira sûrement là que d’une trêve, comme c’était déjà le cas dans l’Antiquité, mais ces jeux olympiques rendront fiers les Français pendant encore longtemps tant ils ont su mettre à l’honneur la plus belle ville du monde : Paris.

Les supporters français séduisent

Mieux encore, les Français ont su se muer en hôtes aimables et aimés, au superbe esprit sportif. Eduqués, les spectateurs français ne sifflent pas les adversaires de leurs champions mais s’époumonent en hurlant la Marseillaise et des chansons tout au long des épreuves. Ils se sont aussi trouvés des héros dignes d’Héraclès, avec notamment Léon Marchand qui est entré à tout juste vingt-deux ans au Panthéon du sport français en devenant le premier athlète à gagner quatre médailles d’or individuelles. Héritier de Michael Phelps, le natif de Toulouse sera pour longtemps l’emblème des premiers jeux olympiques d’été français depuis 1924.

Mais la véritable héroïne de cette olympiade, c’est notre capitale. Paris a sorti ses habits de lumière pour littéralement illuminer le monde. Les avis sont unanimes, et ce n’est pas faire preuve de chauvinisme de considérer que sur le plan esthétique ces jeux sont les plus beaux que le monde ait jamais vus. Tir à l’arc aux Invalides, escrime au Grand Palais, BMX devant l’obélisque, beach-volley au pied de la tour Eiffel, équitation à Versailles, cyclisme dans les rues de Montmartre : tous les points de vue sont sublimes, magnifiant une ville que nous avons été nombreux à redécouvrir. Les partenaires premiums Carrefour et LVMH ont eu le nez creux en choisissant de s’associer à pareil succès…

Une trêve, et puis s’en va…

Un succès qui fait d’ailleurs l’unanimité chez les Français qui plébiscitent ces jeux comme ils avaient plébiscité la coupe du monde 1998. Il a fallu pourtant contourner bien des oppositions. Une partie de la gauche voulait ainsi perturber les jeux, les empêcher de se dérouler normalement en provoquant des manifestations, ne pas respecter la « trêve ». Las, il n’en fut rien. Ceux-là mêmes qui annonçaient « Paris 2024 n’aura pas lieu », dénonçant les « jeux de la honte », sont aujourd’hui les premiers à tenter de les instrumentaliser pour avancer leur agenda sociétal…

Pourtant, en dehors de certains passages de la cérémonie d’ouverture, nous avons surtout assisté à un patriotisme bon enfant teinté d’une légère mais amusante pointe de chauvinisme. Les Français avaient envie de s’oublier un peu pendant quinze jours, de faire la preuve qu’ils sont toujours capables du meilleur quand ils le veulent. Car, quel pays peut se targuer d’associer un si riche patrimoine historique à la modernité ?

Les esprits chagrins habituels n’auront pas raison de cette courte période de bonheur partagé. Nous savons très bien que tout ça ne durera pas et que la réalité fera son retour dès septembre. Cruelle, difficile et souvent sinistre. Nous savons aussi que le monde a rarement été aussi chaotique. Du Venezuela au Mali en passant par l’Ukraine et le Moyen-Orient, la guerre est partout. En Grande-Bretagne, des émeutes anti-immigration rendent le pays incontrôlable après la mort de trois petites filles tuées par un migrant rwandais. Mais pour une fois, Paris et la France auront vibré à l’unisson pour donner au monde un peu de beauté et de paix. Nous devrions nous en enorgueillir.
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