Un bon ministre serait-il un ministre mort ? Par Dominique Labarrière et Tout ça pour ça ! par Cékine Pina

 

Sans nos ex-gouvernants, on ne rirait plus en France…


On aura deviné, je l’espère, que je ne souhaite évidemment la mort de personne, même pas de quelques ministres présents ou récemment remerciés. Comment se passer, en effet, de leur ridicule, de leurs postures, de leur caquetage de basse-cour dorée, de leurs grands airs de « Monsieur (ou Madame) Je-sais-tout », de leurs pensées et convictions à peu près aussi vides que les caisses de l’État et que le seront nos poches dans un futur proche ? Comment se passer de ces gens qui au fond prêteraient à rire s’ils ne nous coûtaient aussi cher ? La chose n’est pas nouvelle. Déjà en son temps, Sébastien-Roch Nicolas, dit Chamfort – de si gratifiante lecture – s’en faisait l’écho : « Sans le gouvernement, on ne rirait plus en France ». Rire jaune, le plus souvent. Très jaune même, ces temps-ci.

L’une des raisons pour lesquelles ces gens-là pourraient déclencher un soupçon d’hilarité est l’aptitude plutôt bizarre qu’ils ont de n’être compétents qu’une fois morts, je veux dire que lorsqu’ils ne sont plus aux affaires, aux manettes.

On dirait bien qu’il suffit d’éjecter un ministre de son confortable fauteuil pour que, soudain visité par la grâce, touché par la lumière de l’intelligence la plus créatrice, il sache très précisément ce qu’il convient de faire pour la prospérité du pays et le bonheur de ses populations. C’est fou ! À peine virés – dans le cas présent – pour résultats pis que calamiteux, voilà que, toute honte bue, avec une arrogance à se tordre de rire tellement elle donne dans le grotesque, ils courent les plateaux TV pour faire la leçon aux successeurs, leur expliquer en long, en large et en travers la bonne méthode, exposer les mesures de courage et d’impérieuse nécessité à prendre pour remédier aux maux qu’au prix de sept ans d’errements accumulés avec un zèle digne d’éloges ils ont eux-mêmes causés ou aggravés. Splendide ! On applaudit à tout rompre. Le courage politique seulement lorsqu’on n’est plus en position de l’exercer, voilà leur truc. C’est malin. Confortable et malin. À se tordre, non ?

Oscarisables dans cet exercice, nous avons comme tout premiers nominés MM. Attal et Darmanin, duettistes au culot à peu près aussi énorme que le déficit et la dette conjugués. L’un et l’autre ne craignent pas de présenter comme indispensables et vitales des mesures – temps de travail, fiscalité, etc. – qu’on n’avait jamais entendues de leur bouche du temps de leur gloire ministérielle. L’indécence, le mépris de l’intelligence « citoyenne » seraient nobelisables, nous aurions-là le duo finaliste. Duo converti en tiercé si l’on veut bien lui associer M. Hollande (La France devenue « pays bas » sous son règne. On aurait dû s’y attendre). M. Hollande, disais-je, dont tout le monde – à part lui-même apparemment – se souvient qu’il fut président de la République. Avec à la sortie le bilan éblouissant que nul n’ignore. Lui aussi, déchu, viré, auto-limogé pour résultats catastrophiques, aurait vu la lumière. Sans rire, voilà même qu’il revendique à présent le mérite, la gloire immense d’avoir sauvé la Grèce de sa disparition pure et simple dans les poubelles de l’économie mondialisée. Je suis bien certain que, entendant cela, Jupiter, l’autre le vrai, le grand, celui des Grecs anciens, se roule par terre de rire.

Puisque ces jours-ci tout le monde y va de son conseil pour aider à la guérison du malade France, pourquoi m’en priverais-je ? Je préconise que soit inscrit dans la Constitution – oui, dans le marbre de la Constitution – l’obligation faite à tout ministre ou président débarqué, premièrement de la boucler pendant deux ou trois ans. Deuxièmement, de se rendre enfin utile au pays, utile pour de bon. En pompiers volontaires pour Attal et Darmanin, ils sont en âge. En clown-visiteur en EHPAD pour Hollande. Lui aussi est en âge, et il semblerait qu’il ait un certain talent pour faire rigoler l’entourage. Ce serait déjà cela.

 

Après le vote de la mention de censure par l’Assemblée nationale hier soir, Michel Barnier présentera à Emmanuel Macron la démission de son gouvernement ce matin à 10 heures. L’irresponsabilité de la classe politique est dénoncée, alors que la France n’a pas voté son budget, et que nos partenaires européens regardent avec circonspection l’immaturité politique de ce qu’ils appelaient autrefois la « grande nation ». L’analyse politique de Céline Pina.


Le gouvernement Barnier n’aura duré que trois mois. Et sa fin aura été spectaculaire. À défaut d’être capable de proposer aux Français une catharsis préalable à un nouveau départ, l’hémicycle est en train de réhabiliter le théâtre de Guignol. 

Le PS, hier parti de gouvernement, sombre avec les LFIstes

Cette censure marquerait-elle le retour du parlementarisme ? Si c’est le cas, il faut reconnaître que le parlementarisme ne fait pas envie: médiocrité des hommes, absence de vision, sens des responsabilités absent, pulsions érigées en normes de conduite. Et ce n’est pas seulement le cirque permanent de LFI qui sidère les Français, mais l’absence de toute hauteur de vue – y compris de la part de ceux qui devraient être des repères ou des vigies.

Était-il opportun de faire tomber le gouvernement maintenant, alors qu’il n’existe aucune solution pour mettre fin au blocage institutionnel que nous vivons? La réponse la plus rationnelle était « non », mais il arrive qu’un processus échappe à ses instigateurs. C’est toujours le cas quand la passion prend le dessus sur la raison.

Les Français pourraient rapidement regretter M. Barnier

Michel Barnier s’est révélé un très bon Premier ministre. D’abord et avant tout parce qu’il a redonné de la dignité et de la crédibilité à cette fonction. Son calme, son sang-froid, sa forme de détachement et sa combativité tranquille ont été reconnus par les Français comme des caractéristiques d’homme d’Etat. Un genre qui paraissait avoir été dissous dans le happening permanent et les montagnes russes gratuites qui paraissent être la marque de l’adulescent du 55 Rue du Faubourg Saint-Honoré qui refuse obstinément de ranger sa salle du trône… Les Français sont donc en train de lui préparer ses cartons.

Car si Michel Barnier est tombé, ce n’est pas lui qui était visé. Il a pris la balle de la censure, mais il n’en était pas la cible. Celui dont une majorité des Français attend la chute est le président de la République. Triste destin politique où la seule manière de poser un acte attendu par la nation est la démission. Et on ne parle donc pas de celle du Premier ministre.

Bal des faux-derches

Dans ce bal des faux-culs, le PS a montré qu’il avait perdu jusqu’au sens de l’honneur, puisque d’honneur il n’a plus depuis qu’il trouve normal de s’allier avec un parti extrémiste qui prône l’antisémitisme et appelle « résistants », des terroristes. On n’attendait rien d’Olivier Faure, il est destiné à finir dans les poubelles de LFI, mais on aurait pu espérer que François Hollande ait quelque sens des responsabilités. Peine perdue, confit en aigreur, ce dernier a saisi l’occasion de se venger de l’humiliation que lui avait fait subir Emmanuel Macron en l’empêchant de se représenter en 2017. Entre l’intérêt général et le règlement de comptes, M. Hollande a choisi comme d’habitude de tirer la France vers le bas, ce qui ne le grandit pas. Un ancien président ne devrait pas agir comme ça, mais sans doute ne le comprendra-t-il jamais. Seuls quelques députés proches de Carole Delga ont refusé de voter la censure.

La farce va donc continuer, seuls les ingrédients seront modifiés à la marge. Cette expérience aura néanmoins révélé deux hommes, Michel Barnier et Bruno Retailleau. Le ministre de l’Intérieur a notamment donné le sentiment que l’on pouvait agir sur les dossiers sécurité et immigration et sortir de l’impuissance qui caractérise le discours du centre et de la gauche. 

Une seule question importante reste sur la table: la nomination d’un Premier ministre nous sortira-t-elle du blocage? Tout le monde sait que la réponse est non, et les citoyens attendent aujourd’hui de pouvoir tourner la page du macronisme. Ils risquent d’être déçus, car s’ils ont élu Jupiter, ils se retrouvent ce matin avec Arapède 1er, bien déterminé à ne pas lâcher son rocher

 


 

 

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